Comment protéger sa phrase de récupération ?

Crypto-actifs : un risque de perte totale

Les crypto-actifs sont des actifs très volatils, sans garantie du capital. Les transactions sont en général irréversibles : un vol consécutif à la divulgation d’une phrase de récupération est, dans la plupart des cas, définitif. Cet article est une information générale, pas un conseil personnalisé. Clairnexa est un média d’information et de comparaison, ni prestataire crypto ni conseiller.

Quand on crée un wallet crypto non-custodial, l’application affiche une suite de 12 à 24 mots en demandant de les noter. Cette liste, appelée phrase de récupération, seed phrase ou phrase mnémonique, est souvent survolée en quelques secondes. C’est pourtant l’élément le plus sensible de toute l’installation : plus important que le code PIN, que l’application elle-même ou que l’appareil qui l’héberge.

Ce guide explique ce que la phrase permet réellement, d’où viennent les menaces, comment la sauvegarder sans créer de nouvelles failles et comment reconnaître les arnaques qui cherchent à l’obtenir. Il s’appuie sur la fiche conjointe des trois autorités européennes de supervision (ABE, AEAPP, AEMF), sur les alertes de l’AMF, sur les recommandations de cybermalveillance.gouv.fr et de l’ANSSI, et sur la spécification technique BIP-39.

La réponse courte

Pour protéger sa phrase de récupération, il faut la garder hors ligne (sur papier ou sur un support physique, jamais en photo, dans un courriel, une note synchronisée ou un stockage en ligne), la conserver dans au moins deux lieux sûrs pour ne pas la perdre, vérifier qu’elle est correcte dès la création, et ne la communiquer à personne, sous aucun prétexte. Les autorités européennes le rappellent : toute personne qui y a accès peut prendre le contrôle des actifs, et une entreprise légitime ne la demandera jamais (fiche ABE/AEAPP/AEMF).

Qu’est-ce qu’une phrase de récupération ?

Une clé maîtresse, pas un simple mot de passe

Dans un portefeuille non-custodial, c’est l’utilisateur, et non une plateforme, qui détient les clés privées permettant de dépenser ses crypto-actifs. La phrase de récupération est une représentation lisible du secret à partir duquel ces clés sont dérivées. La fiche des autorités européennes la décrit comme la « séquence de mots permettant la récupération et l’accès à votre portefeuille numérique » (source).

Conséquence pratique : quiconque saisit ces mots dans un logiciel compatible reconstitue le portefeuille sur son propre appareil. Il n’a besoin ni de votre téléphone, ni de votre code PIN, ni de votre mot de passe d’application. La phrase est l’accès.

C’est aussi ce qui la distingue d’un mot de passe de compte en ligne. Un mot de passe compromis peut être changé, et le service peut bloquer un accès suspect. Une phrase de récupération compromise ne se « change » pas : la seule parade est de créer un nouveau portefeuille, avec une nouvelle phrase, et d’y transférer les fonds avant le voleur.

Ce que dit la norme BIP-39

La plupart des portefeuilles utilisent la spécification BIP-39, un document technique de l’écosystème Bitcoin repris bien au-delà. Les points utiles à connaître :

ÉlémentCe que prévoit BIP-39Ce que cela implique pour vous
Nombre de mots12, 15, 18, 21 ou 24 motsTous les mots comptent : il faut les noter tous, sans en oublier
Origine des motsUne liste fixe de 2 048 motsLes mots ne sont pas « inventés » : une faute d’orthographe peut rendre la phrase inutilisable
Somme de contrôleLes derniers bits servent de contrôleUn logiciel peut souvent détecter une phrase mal recopiée, sans pouvoir la corriger seul
OrdreL’ordre des mots fait partie du secretIl faut noter la position de chaque mot
PassphraseUne phrase de passe facultative peut s’ajouterElle crée un portefeuille différent. Si elle est oubliée, l’accès est perdu

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La spécification prévoit des listes de mots dans plusieurs langues, dont le français (listes BIP-39). Dans la liste française, chaque mot est reconnaissable dès ses quatre premières lettres. Le texte de BIP-39 indique toutefois que la plupart des portefeuilles ne prennent en charge que la liste anglaise et déconseille fortement l’usage d’une autre liste. En pratique, on conserve la phrase dans la langue où le portefeuille l’a générée, sans la traduire : un mot traduit n’est pas un mot équivalent, c’est un autre secret.

Phrase de récupération et wallet custodial

Sur une plateforme qui conserve les actifs pour vous (portefeuille dit custodial), vous n’avez généralement pas de phrase de récupération : l’accès passe par un identifiant, un mot de passe et une authentification forte. Les enjeux de sécurité sont différents. Pour comparer les deux modèles, voir notre guide wallet custodial ou non-custodial.

Les deux risques à gérer : le vol et la perte

Protéger une phrase de récupération revient à gérer deux risques opposés.

  • Le vol (ou la divulgation) : quelqu’un d’autre obtient la phrase. Plus elle est copiée, plus ce risque augmente.
  • La perte : vous ne retrouvez plus la phrase, ou elle est illisible ou incomplète, au moment où vous en avez besoin (téléphone cassé, appareil perdu, application supprimée). Moins elle est copiée, plus ce risque augmente.

Les autorités européennes rappellent que la perte des clés privées entraîne une perte permanente et irréversible de l’accès aux crypto-actifs (fiche ABE/AEAPP/AEMF). Il n’existe pas de « mot de passe oublié » ni de service client capable de régénérer une phrase dans un portefeuille non-custodial.

Toute bonne méthode trouve donc un équilibre : peu de copies, mais assez pour survivre à un incident, et chacune conservée dans un endroit où un tiers n’a pas accès.

Les menaces concrètes

1. L’ingénierie sociale : la menace principale

La plupart des vols de phrases ne reposent pas sur une prouesse technique. La victime donne elle-même ses mots à quelqu’un qui s’est fait passer pour un interlocuteur de confiance. La fiche européenne décrit précisément ce scénario d’« arnaque à l’usurpation d’identité » : après avoir posé une question publique sur un problème de portefeuille, la personne reçoit un message privé ou un courriel d’un faux support (plateforme, fournisseur de portefeuille, assistance informatique, voire un ami) qui lui demande sa seed phrase (source).

Les variantes sont nombreuses :

  • Un faux message de « mise à jour de sécurité obligatoire » qui renvoie vers un site imitant celui d’un portefeuille.
  • Une fausse application, téléchargée hors des magasins officiels, qui demande d’« importer » la phrase.
  • Un faux formulaire de « vérification » ou de « synchronisation » du portefeuille.
  • Un faux conseiller qui, au fil d’une relation de confiance (y compris sentimentale), finit par demander les mots « pour vous aider ».

Parmi les signaux d’alerte, la fiche des autorités européennes cite explicitement « une demande d’envoi ou de partage de clés privées ou de seed phrases ». Les autres signaux sont l’urgence à agir, l’offre non sollicitée, l’invitation à cliquer sur un lien, à scanner un QR code ou à télécharger une application, et une adresse web suspecte ou un logo déformé.

La règle qui ne souffre aucune exception

Aucun service légitime n’a besoin de votre phrase de récupération : ni le fabricant de votre portefeuille, ni une plateforme d’échange, ni une autorité publique, ni un « expert en récupération ». Une demande de phrase de récupération est, en soi, le signe d’une tentative d’escroquerie.

2. Le hameçonnage et les sites imités

Cybermalveillance.gouv.fr définit l’hameçonnage comme une technique frauduleuse destinée à leurrer l’internaute, souvent par un faux SMS, courriel ou appel imitant un organisme connu. Ses recommandations s’appliquent directement aux portefeuilles crypto : ne jamais transmettre de données sensibles par courriel ou téléphone, vérifier l’adresse réelle d’un lien avant de cliquer, contrôler l’adresse du site affichée dans le navigateur (un seul caractère peut changer) et passer par un favori que l’on a soi-même créé (fiche réflexe hameçonnage).

Pour un portefeuille, cela se traduit par une habitude simple : on n’installe et on ne met à jour l’application qu’à partir du site officiel de l’éditeur ou d’un magasin d’applications de confiance, jamais à partir d’un lien reçu. L’ANSSI recommande de la même façon de télécharger les mises à jour uniquement depuis les sites officiels des éditeurs (10 règles d’or).

3. Les logiciels malveillants et les copies numériques

Une phrase stockée sous forme numérique est exposée à tout ce qui peut lire ce support : logiciel espion, extension de navigateur malveillante, compte de messagerie ou de stockage en ligne piraté, synchronisation automatique de photos, presse-papiers surveillé. La fiche européenne précise qu’en cliquant sur un lien piégé, en téléchargeant une fausse application ou en scannant un QR code, la victime peut installer un logiciel malveillant qui permet de voler ses crypto-actifs.

D’où la recommandation centrale de cet article : la phrase de récupération ne doit jamais exister sous forme numérique en clair. Cela exclut :

Support à éviterPourquoi
Photo ou capture d’écranSynchronisée automatiquement dans le cloud sur beaucoup de téléphones. Lisible par toute application ayant accès à la galerie
Note dans une application synchroniséeAccessible depuis tous les appareils liés au compte, donc en cas de piratage du compte
Courriel ou message à soi-mêmeReste sur des serveurs tiers. Exposé si la messagerie est compromise
Fichier texte sur l’ordinateurLisible par un logiciel malveillant, copié dans les sauvegardes
Copier-collerLe presse-papiers peut être lu par d’autres applications
Saisie sur un site webAucun site légitime ne la demande : c’est le schéma type de l’hameçonnage

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Un coffre-fort de mots de passe chiffré est un bon outil pour les mots de passe de comptes, comme le recommandent l’ANSSI (guide authentification et mots de passe) et cybermalveillance.gouv.fr. Pour une phrase de récupération, c’est un compromis qui ramène le secret dans l’environnement numérique que l’on cherche justement à éviter. Ce choix revient à chacun, mais il doit se faire en connaissance de cause.

4. Les risques physiques

Le papier brûle, se mouille, s’efface et se perd dans un déménagement. Un support rangé « dans un tiroir » peut être lu par un visiteur, un artisan, un colocataire. Les risques physiques sont moins spectaculaires que les arnaques, mais ils expliquent une grande partie des pertes définitives d’accès.

5. Les « services de récupération »

Après un vol ou une perte, de nouveaux escrocs se présentent. L’AMF a alerté sur des appels d’usurpateurs se présentant comme enquêteurs de l’AMF et proposant à d’anciennes victimes de récupérer leurs fonds. Certains ont ensuite été recontactés par un faux « ingénieur » censé récupérer leurs actifs « directement sur la Blockchain ». L’AMF rappelle qu’elle ne contacte jamais spontanément des épargnants pour récupérer des fonds et qu’elle n’en a pas la compétence (communiqué AMF du 12 janvier 2023). Cybermalveillance.gouv.fr met aussi en garde contre ces faux services, qui ciblent souvent les victimes dans les semaines ou les mois qui suivent (fiche escroquerie au placement).

Un « récupérateur » qui demande des frais d’avance, ou votre phrase de récupération pour « analyser le portefeuille », doit être considéré comme un escroc.

Bien sauvegarder sa phrase : la méthode pas à pas

Étape 1 : créer le portefeuille dans un environnement sain

Avant même d’écrire les mots, l’environnement compte :

  • Appareil à jour (l’ANSSI recommande d’installer les mises à jour dès qu’elles sont proposées).
  • Application obtenue depuis la source officielle de l’éditeur.
  • Pièce où personne ne peut voir l’écran, sans caméra (visioconférence, caméra connectée) qui filme la scène.
  • Pas de partage d’écran en cours, pas d’« aide » à distance.

Un portefeuille dont la phrase vous a été fournie déjà écrite, par exemple sur une carte glissée dans un emballage ou par un vendeur, ne doit pas être utilisé : quelqu’un d’autre la connaît potentiellement. Une phrase sûre est générée par le portefeuille lui-même, sous vos yeux. Les caractéristiques propres à chaque produit sont détaillées dans notre fiche best wallet : fonctionnalités et points à vérifier.

Étape 2 : noter à la main, lisiblement, dans l’ordre

  • Écrire chaque mot en entier, numéroté (1 à 12 ou 1 à 24).
  • Utiliser des majuscules d’imprimerie ou une écriture sans ambiguïté.
  • Relire mot par mot à l’écran, puis une seconde fois.
  • Ne pas abréger de façon personnelle si vous n’êtes pas certain que la liste utilisée permet de reconnaître chaque mot par ses premières lettres.

Une phrase de récupération ressemble à une liste de mots ordinaires : il est tentant de la noter « en vrac » ou d’en mémoriser une partie. L’ordre et l’orthographe exacte font partie du secret.

Étape 3 : vérifier la sauvegarde avant d’y déposer des fonds

Beaucoup de portefeuilles proposent une étape de confirmation (retrouver certains mots dans le bon ordre). C’est un minimum. Une vérification plus complète consiste à tester la restauration avant d’y transférer des montants significatifs : réinitialiser le portefeuille ou le restaurer sur un appareil de confiance à partir de la copie papier, puis contrôler que l’on retrouve bien les mêmes adresses de réception.

Dans son guide destiné aux organisations, l’ANSSI recommande que les sauvegardes soient testées régulièrement et qu’une procédure de restauration soit rédigée et mise en œuvre (fondamentaux de la sauvegarde, R22). Le principe se transpose à une phrase de récupération : une sauvegarde jamais testée n’apporte pas de certitude.

Tester sans s’exposer

Le test de restauration se fait uniquement dans le portefeuille lui-même ou sur un appareil dédié et de confiance, jamais sur un site web, un outil en ligne « de vérification » ou un logiciel téléchargé à partir d’un lien. Ces « vérificateurs » sont un vecteur d’arnaque classique.

Étape 4 : choisir le support

Deux grandes familles existent.

SupportAvantagesLimites
PapierSimple, gratuit, hors ligneSensible à l’eau, au feu, à l’usure. Encre qui pâlit. Facile à jeter par erreur
Support métallique (plaques gravées ou poinçonnées, lettres à assembler)Meilleure résistance physique en généralCoût. Gravure à faire soigneusement. Un support solide reste lisible par quiconque le trouve

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Aucun support n’est « inviolable » : un support résistant protège contre les accidents, pas contre une personne qui le découvre. Les performances annoncées par les fabricants (résistance au feu, à la corrosion) relèvent de leurs propres déclarations. Clairnexa ne les a pas vérifiées et ne recommande pas de produit.

Étape 5 : multiplier les copies avec méthode

Pour les systèmes d’information, l’ANSSI recommande la règle dite « 3-2-1 » : trois copies distinctes des données, dont deux sauvegardes sur des supports différents, l’une étant hors ligne (R11 de sa fiche sur la sauvegarde). Pour les particuliers, ses « 10 règles d’or » conseillent de conserver des copies sur des supports séparés et de réaliser des sauvegardes non connectées. Transposée à une phrase de récupération, cette logique conduit souvent à :

  • Deux copies physiques au minimum.
  • Dans deux lieux différents, pour qu’un même incendie, dégât des eaux ou cambriolage ne détruise pas les deux.
  • Dans des lieux où les tiers n’ont pas accès librement (par exemple un coffre au domicile, et un second lieu de confiance).

Chaque copie supplémentaire est aussi un risque supplémentaire de divulgation. Au-delà de deux ou trois, le gain contre la perte devient faible et le risque de fuite augmente.

Étape 6 : ranger discrètement

  • Ne pas étiqueter l’enveloppe « phrase crypto » ou « wallet ».
  • Ne pas la ranger avec l’appareil du portefeuille : un voleur qui emporte les deux a tout.
  • Ne pas parler publiquement du montant détenu ni de l’endroit où sont conservées les sauvegardes. La fiche européenne rappelle que les informations partagées sur les réseaux sociaux peuvent rendre plus vulnérable.

Étape 7 : penser à la durée

Une phrase de récupération peut devoir être utilisée des années plus tard. Il est utile de contrôler périodiquement que les copies sont toujours là et lisibles (sans les photographier), surtout après un déménagement ou des travaux.

Les erreurs fréquentes et pourquoi elles sont dangereuses

Couper la phrase en deux

Certains séparent leur phrase en deux moitiés stockées à deux endroits. L’idée semble prudente, mais elle pose deux problèmes. D’une part, perdre une seule moitié suffit à perdre l’accès : le risque de perte augmente. D’autre part, une personne qui trouve une moitié n’a plus qu’à deviner les mots restants, parmi une liste publique de 2 048 mots, ce qui réduit fortement la difficulté par rapport à une phrase entière. Des méthodes conçues pour répartir un secret existent (partage de secret à seuil, portefeuilles multisignatures), mais elles sont plus complexes et doivent être mises en place avec la documentation officielle de l’outil utilisé.

Inventer sa propre « phrase »

Une phrase de récupération doit être générée par le portefeuille, de façon aléatoire. Une phrase choisie par un humain (citation, paroles de chanson, mots liés à sa vie) est beaucoup plus facile à deviner.

Chiffrer « à sa façon »

Mélanger l’ordre des mots selon une règle personnelle, remplacer certains mots ou les coder peut sembler astucieux. Le risque principal est l’oubli de la règle, ou son incompréhension par un proche le jour où il devra s’en servir. Si l’on souhaite une protection supplémentaire, la passphrase prévue par BIP-39 est un mécanisme standard, à condition d’en comprendre les conséquences (voir ci-dessous).

Garder la phrase « provisoirement » sur le téléphone

Une capture « en attendant de l’écrire » est la façon la plus courante de créer une copie numérique oubliée. Mieux vaut ne pas commencer.

La passphrase : une protection supplémentaire, à manier avec soin

BIP-39 prévoit une phrase de passe facultative (parfois appelée « 25e mot »). Elle est combinée à la phrase de récupération pour produire le portefeuille. Le texte de la spécification précise que si elle n’est pas fournie, une chaîne vide est utilisée.

Avantage : une personne qui trouve la phrase de récupération seule n’accède pas au portefeuille protégé par la passphrase.

Limites :

  • Chaque passphrase différente donne un portefeuille différent : une faute de frappe ou un oubli rend les fonds inaccessibles, sans message d’erreur clair.
  • Elle doit elle-même être sauvegardée, séparément de la phrase de récupération, sinon la protection disparaît.
  • Tous les portefeuilles ne la proposent pas, ou pas de la même façon : consultez la documentation officielle du vôtre.

Exemple illustratif : une personne note sa phrase de 24 mots sur deux supports rangés en deux lieux, et sa passphrase sur un troisième support, rangé ailleurs. Un cambrioleur qui trouve l’un des supports de la phrase ne peut pas accéder aux fonds. Mais si la passphrase est perdue, les fonds le sont aussi, même avec la phrase intacte.

Transmission et succession : ne pas l’oublier

Une protection parfaite peut aboutir à une perte définitive si la personne décède ou devient incapable d’agir sans que personne ne sache que des crypto-actifs existent, ni comment y accéder. Sans entrer dans le détail juridique, qui dépend de chaque situation, quelques principes d’organisation peuvent être posés :

  • Ne pas confier la phrase elle-même à un proche « au cas où » si cela crée un risque de divulgation.
  • Préparer des instructions expliquant qu’un portefeuille existe, quel type de portefeuille c’est et où se trouvent les sauvegardes, sans écrire la phrase dans ces instructions.
  • Se renseigner auprès d’un professionnel du droit (notaire, avocat) sur les modalités adaptées à sa situation.

Si vous pensez que votre phrase a été exposée

Partir du principe qu’une phrase vue par quelqu’un d’autre, saisie sur un site douteux ou photographiée est compromise. Les autorités européennes recommandent, si un portefeuille est compromis, de transférer immédiatement les actifs restants vers un nouveau portefeuille sécurisé (fiche ABE/AEAPP/AEMF).

En pratique :

  1. Créer un nouveau portefeuille, avec une nouvelle phrase générée sur un appareil sain, et la sauvegarder selon la méthode ci-dessus.
  2. Transférer les actifs restants de l’ancien vers le nouveau portefeuille, en vérifiant soigneusement l’adresse de destination (la fiche européenne décrit aussi l’empoisonnement d’adresse, qui consiste à glisser une adresse ressemblante dans l’historique).
  3. Révoquer les autorisations accordées à des contrats intelligents (smart contracts) suspects, comme le recommande la même fiche, avec des outils de confiance.
  4. Changer les mots de passe des comptes liés (messagerie, plateformes), car les fraudeurs tentent de réutiliser les identifiants compromis.
  5. Conserver les preuves : messages, adresses, captures des échanges avec l’escroc.
  6. Contacter la plateforme concernée par ses canaux officiels si des fonds ont transité par un prestataire : elle pourrait, dans certains cas, geler un compte ou signaler une adresse, même si l’annulation d’une transaction est en général impossible.
  7. Déposer plainte au commissariat, à la gendarmerie, ou par écrit au procureur de la République, comme l’indique cybermalveillance.gouv.fr.
  8. Se faire accompagner : France Victimes au 116 006. Pour les questions liées aux placements financiers, dont les cryptomonnaies, AMF Épargne Info Service au 01 53 45 62 00 ou via son formulaire en ligne (fiche cybermalveillance.gouv.fr).
  9. Signaler les courriels d’hameçonnage à Signal Spam, les SMS suspects au 33700 et les sites frauduleux à Phishing Initiative. La plateforme Info Escroqueries répond au 0 805 805 817 (fiche hameçonnage).
  10. Ignorer toute offre de récupération non sollicitée, même si elle paraît venir d’une autorité.

Pour vérifier qu’un site ou une société n’est pas déjà signalé, l’AMF publie des listes noires, dont une catégorie crypto-actifs. Elle précise que ces listes, régulièrement mises à jour, ne peuvent pas être exhaustives (listes noires de l’AMF). L’absence d’un nom sur une liste noire n’est donc pas une preuve de sérieux.

Récapitulatif : les critères d’une bonne protection

Question à se poserRéponse attendue
La phrase existe-t-elle sous forme numérique en clair ?Non (ni photo, ni note, ni courriel, ni fichier)
A-t-elle été générée par le portefeuille, sous mes yeux ?Oui
Ai-je vérifié qu’elle permet bien de restaurer le portefeuille ?Oui, avant d’y déposer des fonds importants
Combien de copies, et où ?Au moins deux, dans des lieux distincts et non accessibles librement
Les copies sont-elles rangées séparément de l’appareil ?Oui
Si j’utilise une passphrase, est-elle sauvegardée séparément ?Oui
Quelqu’un saurait-il qu’un portefeuille existe si je ne pouvais plus agir ?Oui, sans connaître la phrase
Ai-je déjà donné ou saisi ma phrase ailleurs que dans mon portefeuille ?Non. Sinon, la considérer comme compromise

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Pour situer ces règles dans une réflexion plus large sur les risques, voir aussi notre guide investir en crypto : les risques à connaître et la page portefeuilles et sécurité crypto. Les caractéristiques des portefeuilles (gestion de la sauvegarde, prise en charge d’une passphrase) peuvent être rapprochées dans notre comparatif.

Questions fréquentes

Est-ce que le support de mon portefeuille peut me demander ma phrase de récupération ?

Non. Une entreprise légitime ne vous demandera jamais vos mots de passe, clés privées ou phrases de récupération, rappellent les autorités européennes. Une demande de ce type, quel que soit le canal (courriel, réseau social, téléphone, formulaire), est un signal d’arnaque.

Puis-je photographier ma phrase de récupération pour plus de sécurité ?

C’est déconseillé. Une photo crée une copie numérique, souvent synchronisée automatiquement vers un stockage en ligne, et lisible par toute application ou personne ayant accès à la galerie ou au compte. La phrase doit rester hors ligne.

Que se passe-t-il si je perds ma phrase mais que j’ai toujours mon téléphone ?

Tant que le portefeuille fonctionne sur l’appareil, les fonds restent accessibles. Mais la moindre panne, perte ou réinitialisation les rendrait inaccessibles. La démarche prudente consiste à créer un nouveau portefeuille, à sauvegarder correctement sa nouvelle phrase, puis à y transférer les fonds.

Faut-il traduire ma phrase en français si elle a été générée en anglais ?

Non. Les mots appartiennent à une liste propre à chaque langue : une traduction ne donne pas la même phrase. La spécification BIP-39 relève d’ailleurs que la plupart des portefeuilles ne prennent en charge que la liste anglaise.

Un coffre-fort de mots de passe est-il une bonne solution pour la phrase ?

L’ANSSI recommande les coffres-forts chiffrés pour les mots de passe de comptes. Pour une phrase de récupération, c’est un compromis : le secret redevient numérique et dépend de la sécurité du coffre-fort, de son mot de passe maître et des appareils qui y accèdent. Beaucoup préfèrent une conservation strictement hors ligne.

Quelqu’un me propose de récupérer des crypto-actifs volés contre des frais. Est-ce sérieux ?

Ce schéma est signalé par l’AMF et par cybermalveillance.gouv.fr comme une arnaque visant des personnes déjà victimes. L’AMF ne contacte jamais spontanément les épargnants pour récupérer des fonds. En cas de vol, déposez plainte et adressez-vous aux services officiels.

Ma phrase est-elle en sécurité dans un coffre à la banque ?

Un coffre réduit les risques physiques et d’accès par des proches. Il ne règle pas tout : accès limité aux horaires, nécessité d’une seconde copie ailleurs, organisation de l’accès en cas de décès. Ce choix doit s’intégrer dans une stratégie à plusieurs copies.

En résumé

  • La phrase de récupération est l’accès à un portefeuille non-custodial : quiconque la connaît contrôle les fonds, et sa perte rend l’accès définitivement impossible.
  • Elle doit être générée par le portefeuille, notée à la main, vérifiée et conservée hors ligne, sans photo ni copie numérique.
  • Deux copies au moins, dans des lieux distincts et discrets, séparées de l’appareil, offrent un bon équilibre entre risque de vol et risque de perte.
  • La passphrase BIP-39 ajoute une protection, à condition d’être sauvegardée séparément.
  • Personne de légitime ne demande jamais la phrase : ni support, ni plateforme, ni autorité, ni « récupérateur ».
  • En cas d’exposition : nouveau portefeuille, transfert immédiat, preuves, plainte, et méfiance envers toute offre de récupération.

À propos de Clairnexa

Clairnexa est un média indépendant d'information et de comparaison sur les banques, la fintech et les crypto-actifs. Chaque guide s'appuie sur des sources officielles datées et suit notre méthodologie publiée.

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